Phynances
Europe retrouvée
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mytheretrouve

Comme prévu, le conseil européen du 30 août a tourné au mercato géant. Pour les nominations, il faut des hommes, des femmes, du sud, du nord, de l’est, de l’ouest, du social-démocrate et du conservateur, les équilibres ont bien occupé la journée.

Des nouvelles têtes sont aussi de bonnes nouvelles : le pire n’est jamais sûr, de nouveaux points de vue et des méthodes de travail différentes feront leur apparition.

Le menu était finalement léger, malgré le bortsch ukrainien, les plats plus roboratifs ayant été renvoyés au 5 octobre.  Pendant ce temps, chacun fourbit ses armes : l’axe franco-italien de l’assouplissement, selon les uns, du laxisme, selon les autres, contre l’alliance germano-espagnole de la rigueur, ou de l’austérité, avec  le balancement inversé.

Petits pas, grandes avancées, chacun jugera et jaugera, il ne fait pas de doute que des compromis seront trouvés, à ce moment ou plus tard.

Quelques mets copieux sont d’ores et déjà posés sur la table des négociations.

  1. La politique budgétaire doit trouver le bon rythme. Lois de programmation, programmes de stabilité s’enchaînent, en repoussant sans cesse les objectifs de déficit comme un hanneton sa délicate pelote sur le bord de la plage. Le plus important est de garder crédible la trajectoire de réduction de déficit structurel (hors conséquence de la conjoncture déprimée). Les efforts doivent être maintenus, une relance isolée serait inefficace du fait de notre désavantage commercial, même si on peut lâcher un peu de lest par des baisses d’impôt pour les classes moyennes et les PME et sur l’investissement. C’est surtout nos outils de pilotage des objectifs à moyen terme qu’il faut renforcer, couplé aux réformes difficiles, seule façon de ne pas donner l’impression de vouloir encore gagner du temps.
  2. La politique monétaire peut viser une baisse de l’euro. Elle appartient à la BCE. Avec des taux proches de zéro, ne restent  plus en magasin que le rachat de créances de PME et/ou d’obligations des Etats (assouplissement quantitatif dit aussi joyeusement « politique non conventionnelle »), accompagné de déclarations bien ciblées.  Tout cela peut faire baisser l’euro, ce qui est un appel d’air léger certes, mais bienvenu, disons une brise, zéphyr plus qu’aquilon pour nos exportations.
  3. Le plan d’investissement doit quitter le royaume des chimères : annoncé par Junker à hauteur de 300 milliards, il reste à avaliser et à préciser. Pourquoi ne pas nommer  un commissaire spécialement dédié au suivi de sa programmation, de son application et de son évaluation ? Par le passé, ces plans ont parfois été victimes d’être trop théoriques, vite oubliés et encore plus vite enterrés : avec une personnalité identifiée qui serait la garante de la bonne marche du plan, à la fois politiquement sur la scène européenne et concrètement, en s’occupant des détails, cet écueil pourrait enfin être évité.
  4. La stratégie géopolitique doit contribuer à la stabilisation. Dans un monde en dé(re)composition, l’Europe devrait pousser ses pions plutôt que compter les points.  A ses frontières, la Russie choisit un Sonderweg très dangereux ; à ses portes, la Turquie opte pour le durcissement et le repli. Le Proche et le Moyen Orient s’enlisent et s’embrasent. La Lybie explose sur le modèle somalien. Le Maghreb est tétanisé. L’Asie du sud-est est polarisée entre la Chine et des concurrents terrifiés,  menaçant de s’écharper pour les richesses de la mer qui les baigne (ses îles, ses minerais, ses voies commerciales). L’Afrique noire attend son salut de quelques géants moteurs d’une nouvelle croissance. Les pays d’Amérique du Sud ne parviennent pas à dépasser leurs divisions et leur union ressemble à l’horizon s’éloignant davantage à chaque pas.  Les Etats-Unis, empêtrés dans un système politique archaïque, hésitent au jour le jour entre isolationnisme et interventionnisme, rejouant perpétuellement Gulliver enchaîné. Volontairement caricaturale, cette vision insiste un peu trop sur le catastrophisme ambiant, passant sous silence les formidables mouvements souterrains ou en pleine lumière qui irriguent la planète, d’ONG en associations étudiantes, d’artistes et activistes luttant contre les dictatures, et rendent optimistes sur la capacité d’action des sociétés civiles. C’est un moment décisif pour l’Europe, ou à défaut pour plusieurs grands pays européens capables de s’entendre. Sans visions commune, difficile d’avoir une diplomatie commune lisible et cohérente, et changer de titulaire en poste n’y suffira hélas pas. La France, grâce à  son armée, son réseau diplomatique, son histoire est prête à en être le cœur : avec l’Allemagne, pour résoudre le conflit en Ukraine, avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis en Irak et en Syrie, avec une coalition internationale en Lybie. L’Europe, appuyée sur le socle de ses valeurs, son passé, ses richesses, est la mieux à même d’œuvrer pour la stabilisation géopolitique, au moment où on en a le plus besoin.
  5. Il serait dommage que ses sujets importants occultent totalement celui du fonctionnement des institutions européennes elles-mêmes. Le retour des Etats comme seuls moteurs des décisions comporte son efficacité, mais n’est pas à même d’offrir un récit porteur d’avenir au continent. La mise en place de la nouvelle commission et du nouveau Parlement doit aussi être l’occasion d’avancer sur la création d’une scène politique européenne. N’a pas été assez souligné le progrès qu’a constitué l’émergence de candidats par grandes formations à la tête de la commission pour les élections européennes, idée à laquelle la chancelière allemande a d’ailleurs dû finir par se résoudre, alors qu’elle y était opposée, preuve qu’elle est capable de bouger ! Profitant de ce premier pas, l’élaboration de plates-formes européennes et d’un espace européen du débat public devrait être poussée en avant.

Nous allons bientôt découvrir la vision des métamorphoses d’Ovide par Christophe Honoré sur nos écrans.  Y figure le mythe d’Europe. Zeus, transformé en taureau blanc, une fleur dans la bouche,  séduit la fille du roi de Tyr et elle le chevauche jusqu’en Crète, ou, pour d’autres auteurs, jusqu’au Bosphore (tiens !). De leur union, naquit notamment Minos. Partis à sa recherche, ses frères ne la retrouvèrent jamais… Pour se redonner de l’optimisme, d’après l’une des étymologies, Europe signifie aussi « la vue, la vision large ». Espérons que l’Europe regagne cette largeur de vue et d’esprit. Europe enlevée, Europe ravie, mais Europe retrouvée !

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