Tout le reste
Le printemps fleurit en automne
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Le Printemps républicain, créé avec un succès d’affluence en mars 2016, organise sa réunion de rentrée le 21 septembre 2016, veille de l’automne, hommage d’une saison à une autre, comme pour indiquer que la République ne peut se donner un destin de feuille morte, mais qu’au contraire la sève qui la nourrit doit continuer à l’irriguer à tout moment, y compris dans cette période compliquée de campagne présidentielle, s’annonçant sous des auspices identitaires peu reluisants.

S’il ne m’appartient pas de défendre, ni même d’expliquer, ce qu’est ce mouvement (sans être un membre fondateur, je suis l’un des nombreux premiers signataires), je voudrais rappeler en quoi je m’y retrouve, même si j’ai déjà écrit sur ces sujets :

 

  1. Ne pas barguigner avec l’universalisme. Les droits de l’homme n’ont pas été inventés par  une Europe ethno-centrée, ils ont été découverts par les penseurs du siècle des Lumières. C’est fondamental, car cela signifie qu’ils préexistaient à leur exposition théorique : ils sont naturels, inaliénables et imprescriptibles. Ils ne dépendent ni de la couleur de la peau ni des origines, ni de la religion, ils sont communs à tout l’humanité, de tout temps et pour toujours. L’esclavage ne vaut jamais. C’est en quoi nous pouvons être si fiers de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, qui n’a pas été rédigée par les Français, pour les Français, mais au nom de tous les hommes. A l’époque, la France se saisissait du flambeau de la liberté, le brandissait et elle en éclairait la face du monde. « La grande République / Montrant du doigt les cieux !.. » dans l’emphase hugolienne.
  2. Marteler sans cesse l’égalité entre les individus. L’assignation à un rôle, une fonction, une position en fonction de toute autre considération que le mérite est une insulte insupportable. Cela vaut aussi pour une opinion : expliquer que ce que l’on pense découle de ce que l’on est, pour faire un raccourci brutal, est une aporie qui ne peut déboucher sur rien de positif. L’individu est d’abord ce qu’il fait. Personne ne doit être contraint de rentrer dans une case pour correspondre à des catégories préétablies par d’autres. L’égalité ne peut donc se passer d’une analyse de la complexité : nous sommes tous beaucoup de choses différentes, ce qui nous unit, c’est la capacité à raisonner, à échanger et à agir.
  3. Ne rien céder sur la laïcité. Comme d’autres, j’en ai une conception plutôt stricte. La laïcité n’est pas une neutralité, – c’est une force -, ni une absence, c’est une présence. Elle ne peut se résumer à la tolérance d’une juxtaposition (de religions, de communautés, d’intérêts). La nature a horreur du vide : chassez la laïcité, le religieux revient au galop. Je me souviens de mes cours de physique où nous représentions les équilibres de forces par des flèches qui se touchaient en allant dans un sens opposé : si on arrête d’appuyer, le déséquilibre se produit, l’une des forces l’emporte. C’est pourquoi elle requiert une vigilance de tous les instants, même si les désaccords existent sur les conséquences juridiques (interdictions…) ou politiques à en tirer. L’état civil est devenu laïc en 1792 et l’Eglise n’a été séparée de l’Etat qu’en 1905 : le combat a été long et difficile pour obtenir le retrait du religieux de l’espace public. Aujourd’hui, le recul de la croyance en Dieu provoque, paradoxalement, un raidissement religieux. Redisons – le : croire ou ne pas croire est une affaire strictement privée, comme la pratique religieuse, elle n’a rien à faire avec les lois et les codes, la morale civile, les débats politiques, bref avec tout ce qui est public en République.

 

La République a besoin de tels lanceurs d’alerte, qui pointent les dérives dangereuses, les reculs des services publics, les attaques inacceptables, tout en faisant preuve de discernement, d’objectivité et de recul (cette fois dans le bons sens du terme, c’est-à-dire du doute). A ce titre, l’utile fonction de Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme pourrait être relevée au rang de Secrétaire d’Etat, placé auprès du Premier Ministre, chargé de la lutte contre toutes les discriminations, de la neutralité des services publics et du respect de la laïcité, et l’actuel titulaire du poste, Gilles Clavreul, ferait un bon Ministre. Il coordonnerait les chartes et veillerait à leur bonne application.

 

Il faut aussi un peu de dérision, d’humour, de légèreté, et les membres du collectif précité n’en manquent pas : on peut faire les choses sérieusement, sans ce plombant esprit de sérieux. Comparée à la gravité haineuse des adversaires, d’un seul bloc, aux propos rageurs, la prestance voltairienne de la répartie républicaine dénote une assemblée somme toute plus joyeuse. Un esprit acéré, pourvu qu’il accepte l’autodérision, ne fait pas de mal dans la période.

 

Si j’étais provocateur, je pourrais dire que les défenseurs attentifs de la République forment aussi une bonne compagnie, un cercle d’amitiés, mais certainement pas une communauté, – sous peine de me faire excommunier – , et je ne me risquerais pas sur ce terrain. Je m’y sens parfois comme un observateur permanent, un peu comme le Vatican aux Nations-Unies, mais cette comparaison aussi est périlleuse. Et de toute façon, dans ces temps de division, revenons sans cesse à ce qui nous est commun, la République. Hélas, le commun, c’est aussi l’ennemi : ceux qui la défient, terroristes islamistes comme nationalistes identitaires.

 

Mais quelle République ? Toutes celles de notre histoire : la fougue et la fièvre de la Première, le sens du social de la Deuxième, le libéralisme tempéré et décentralisateur de la IIIe, les valeurs acquises de la Résistance et la science administrative de la IVème, l’efficacité réformatrice de la Ve. Le conseil constitutionnel a bien su agglomérer les blocs de déclarations et de constitutions dans un béton juridico-politique qui cimente sa jurisprudence : les différents principes qu’il exhume sont sculptés dans cette glaise accumulée à travers les siècles et les régimes.

 

Quant à moi, je plaide pour une social-démocratie républicaine. Cela peut me distinguer, j’en conviens, et je reconnais également qu’il peut paraître utopique de concilier des traditions différentes, voire opposées, mais je n’en ai cure : mon parcours m’a fait évoluer vers cette espérance rejetant à la fois le populisme démagogique et la naïveté moralisante. Les différences font une force quand elles sont tendues vers un objectif partagé.

Qu’est-ce à dire ? C’est affirmer que la République a été décentralisatrice et qu’elle ne confond pas l’autorité politique uniquement avec celle de l’Etat (refus de l’étatisme). C’est rappeler que la liberté d’expression et de création est un creuset indispensable à la démocratie : la France est le pays de la culture, de la caricature, de la critique (et donc du refus de la censure). C’est insister sur l’impératif de la transition écologique comme moyen d’ancrer la République dans notre modernité (refus du conservatisme). C’est vouloir aussi une République scientifique, qui marche sur les deux jambes, les chiffres et les lettres, et qui ne méprise ni les statistiques ni la bonne gestion, et qui s’appuie aussi sur les données, les études, les analyses et se veut réformatrice (refus du simplisme).

C’est se souvenir que la République se grandit quand elle étend progressivement les droits, qu’elle est fidèle à elle-même en les universalisant, droits politiques d’abord (et combien de temps a-t-il fallu pour passer du suffrage censitaire au véritable suffrage universel direct !), droits sociaux, civiques, etc. ensuite (refus de la réaction). A cet égard, le droit de se marier pour les couples homosexuels constitue bien une extension des droits, qui est la logique même de l’histoire de la République, et non une faveur à ce qui serait une communauté.

 

Oui, notre République est une histoire, plus qu’une géographie : aujourd’hui qui imaginerait la République française sans l’abolition de la peine de mort ? Il y aura toujours des droits à acquérir : son histoire est celle de la conquête. Cette même histoire qui nous oblige, en nous conférant, en retour, des devoirs. Dans cette histoire, je pioche beaucoup dans la IIIe République, je sais : loi de liberté communale de 1884, loi sur la liberté d’expression de 1881, grande œuvre scolaire, liberté syndicale de 1884… Si la maison est commune, les murs portent des coloris différents : contrairement à nos adversaires, nous aimons les nuanciers. Chacun puise à la même source, mais cette source débouche sur plusieurs fontaines.

 

C’est enfin, parfois, admirer les marginaux, les contestataires, les poètes agitateurs, quand ils ont du talent, ou encore mieux du génie. N’est pas Rimbaud, Artaud, Genet, Vian qui veut. Ni Pasolini non plus ! Ne nions pas le divers, qui est un fait, et qui n’emporte aucune qualité ou conséquence particulières. Nous appartenons tous à plusieurs sphères, plusieurs mondes, plusieurs groupes, qui ne forment pas pour autant des identités – au sens de la belle formule de Fernand Braudel quand il parle de l’identité de la France (ah la ligne de l’olivier…). Voilà, j’aime les marges, plutôt que les minorités, le pluralisme plutôt que le communautarisme, le multiple plus que la diversité.

Aimerions-nous la République sans un grain de folie, sans nos contradictions, sans le doute constructif ? Non, car nous serions alors précisément comme ses ennemis.

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