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L’investissement, clef de la reprise
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LAN_FRE_WEB_14L’annonce des assises de septembre consacrées à l’investissement en France est de bon augure, à condition qu’elles contiennent des mesures fortes.  Les difficultés économiques doivent pousser à l’action immédiate plutôt qu’à la lamentation inutile. Si notre pays souffre d’un problème de demande, c’est bien cette composante-là qui est prioritaire, et non la consommation des ménages, contrairement à ce qui est parfois affirmé : la consommation est le seul indicateur qui se maintienne de façon satisfaisante et toute hausse de la consommation serait largement adressée à l’extérieur, dégradant davantage la balance commerciale de la France.

En revanche, notre économie souffre à la fois d’une utilisation insuffisante des facteurs de production existants et d’un renouvellement atone de ces mêmes facteurs. Il faut prendre en compte quatre piliers: l’investissement des entreprises, l’investissement local, l’Etat et l’échelon européen.

Le Gouvernement va proposer des pistes nouvelles pour l’investissement des entreprises, au-delà de ce qui a été fait avec le CICE. C’est indispensable, car sans la reprise de l’investissement privé, il ne peut y avoir de retour de la croissance à long terme. Trois mesures pourraient être étudiées : la défiscalisation d’une partie des bénéfices réinvestis (plutôt qu’une fiscalité alourdie pour les bénéfices non réinvestis comme le proposaient les Verts) en ciblant les petites et moyennes entreprises, l’accélération de l’amortissement dégressif qui permet d’alléger la feuille d’impôt des entreprises qui investissent au début de la vie du projet, un recentrage du crédit d’impôts recherche aujourd’hui bien saupoudré en favorisant les start up et PME exportatrices. L’imagination n’a pas de limites, d’autres idées fleuriront, pourvu qu’on cible triplement : aide à l’investissement / exportation /entreprises jusqu’aux grosses PME.

Les collectivités locales représentent 70% de l’investissement public en France. Les économies qui leur sont demandées ne doivent pas pénaliser l’investissement. A Paris, l’investissement de la Ville représente 30 à 50 000 emplois directs et indirects par an. Il est nécessaire de mettre en place un pacte pour l’investissement local en France, signé entre l’Etat et les collectivités. Les budgets des collectivités locales étant découpés en deux sections, fonctionnement et investissement, il est possible de s’appuyer sur les recettes de la section d’investissement. Pourquoi ne pas modifier le versement du FCTVA qui rembourse la TVA payée sur les investissements ? Pourquoi ne pas augmenter la part des subventions d’équipement dans les concours de l’Etat ? D’autres propositions sont possibles. Avec ces recettes, les collectivités locales ne peuvent n’y embaucher ni dépenser pour le fonctionnement, mais seulement investir (ou se désendetter pour investir plus tard). Les contraintes du budget de fonctionnement ne doivent pas peser sur l’investissement. L’allègement des normes doit aussi y contribuer.

L’Etat, quant à lui, doit se dévouer à une priorité : le logement. Trop complexe, trop longue à appliquer, la loi ALUR ne donne pas les résultats escomptés. La construction de logements neufs et la rénovation des bâtiments anciens sont les deux volets assurant la performance énergétique, la croissance économique, l’emploi dans le BTP. François Hollande demande au Gouvernement de présenter un programme pour le logement à la rentrée : il ne faut pas lésiner ni se perdre en arguties juridiques, le besoin est d’abord quantitatif. Le blocage des permis de construire de logements sociaux par une grande partie des 160 nouveaux maires de droite, sous de fallacieux prétextes, comme à Chelles par exemple, est inquiétant : l’Etat doit passer outre, en imposant la construction dans les communes récalcitrantes et en récompensant les bons élèves de la solidarité.

La France doit respecter les engagements qu’elle prend elle-même. Le niveau du déficit et de la dette publics n’autorise pas dans de nombreux pays une politique de relance budgétaire par l’investissement public. C’est à l’Europe de s’en charger. Aux Etats-membres, le rééquilibrage des comptes publics ; à l’Union Européenne, la relance par les investissements. Bruxelles ne peut pas à la fois réclamer un respect strict du cadre budgétaire et rester bras ballants sur la croissance. Junker souhaite consacrer 300 milliards d’euros à la relance par l’investissement : chiche ! La vigilance est de mise, car le plan annoncé en 2012, pour un montant équivalent, au moment du TSCE, s’est enfoncé dans les sables mouvants de la bureaucratie. Il est temps de passer à l’action, et pas nécessairement au travers de gros projets coûteux et contestables. Pourquoi pas un plan vélo à l’échelle européenne qui finance les pistes cyclables, les vélos-stations, les remonte-pentes, l’adaptation des transports en commun pour emporter les vélos, etc. ? De manière générale, l’Europe pourrait empoigner plus fortement le sujet de la transition écologique et des transports collectifs modernes. Pourquoi pas une démarche similaire pour les personnes porteuses de handicap puisque les Etats ou les collectivités n’ont pas toujours les moyens pour engager les travaux nécessaire ? Et enfin un plan d’investissement social européen, incluant les aires pour les gens du voyage, l’accueil des réfugiés, les crèches dans les communes pauvres, les centres d’hébergement d’urgence, etc ? Si l’Europe pouvait prendre l’image d’une Union investissant pour l’avenir des déplacements,  de l’espace public, de la transition écologique et de l’inclusion sociale, ne serait-ce pas aussi la meilleure façon de la rendre plus populaire ?

Entreprises, collectivités locales, Etat, Europe : relevons nos manches pour préparer le cadre de vie des générations futures !

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